Voici notre nouveau président, le Dr Bowmer — lisez son discours d’investiture

Personnel du Collège royal
mars 13, 2019 | Auteur: Personnel du Collège royal
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Les personnes qui me connaissent savent que j’aime raconter des histoires. C’est ainsi que j’ai développé mes techniques d’enseignement, et j’ai adopté cette approche durant ma carrière administrative. Ce soir, j’aimerais vous raconter deux de ces histoires.

À la fin février 2019, le M. Ian Bowmer, MDCM, FRCPC, FRCP, FCAHS, est devenu le 45e président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Faites défiler pour lire son discours d’investiture, ou consultez la biographie du Dr Bowmer.

Discours du Dr Bowmer (dîner du Conseil, février 2019)

Je vous remercie infiniment pour cet immense honneur. Votre appui et votre confiance me vont droit au cœur.

Vous avez sans doute déjà remarqué mon accent, dans les deux langues officielles. Comme diraient les Terre-Neuviens, c’est parce que je viens d’ailleurs. Ma famille et moi avons quitté l’Angleterre pour nous établir au Canada il y a 60 ans, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Je me souviens surtout de notre arrivée en bateau, puis du trajet sur le fleuve Saint-Laurent, de Québec à Montréal. C’était un magnifique jour de juillet. Je suis resté sur le pont durant tout le voyage pour admirer le paysage. Les maisons aux toitures rouges, bleues et argentées concentrées autour d’églises grandioses aux clochers argentés, dorés et cuivrés. Le vert et le brun alternant en magnifiques bandes de forêts et de champs — les seigneuries datant du 17e siècle.

Nous empruntions le même parcours que les colons. Depuis lors, j’ai compris l’importance des subtilités de ce terme. Dans ce contexte, j’aimerais moi aussi rendre hommage au peuple algonquin et souligner le fait que nos réunions ont lieu sur leur territoire ancestral et non cédé.

Je réintègre le Conseil après une vingtaine d’années d’absence, et je suis fier et soulagé de voir que nous commençons à répondre aux préoccupations des Autochtones de chez nous. Il était grand temps.

Je crois même que nous avons commencé à écouter nos collègues autochtones et à les inclure dans nos discussions. Je promets que je continuerai de les écouter, de renforcer la collaboration et de veiller à ce que le Collège royal poursuive ses activités dans le respect.

Les personnes qui me connaissent savent que j’aime raconter des histoires. C’est ainsi que j’ai développé mes techniques d’enseignement, et j’ai adopté cette approche durant ma carrière administrative. Ce soir, j’aimerais vous raconter deux de ces histoires.

Tout d’abord, parlons de mon parcours au sein du Collège royal.

Alors que je commençais ma carrière d’enseignant à l’Université Memorial, Mme Louise Papineau (qui a pris sa retraite l’an dernier après 50 ans au Collège royal) m’a invité à devenir examinateur en médecine interne. C’était tout un honneur pour moi, et compte tenu de mon expérience quelque peu traumatisante avec les examens, je me suis dit que je tenterais de rendre le processus plus humain. J’ai vite réalisé que j’étais un peu naïf. Plus j’avais l’impression d’aider les candidats en clarifiant les choses (de façon neutre), plus ils croyaient que je tentais de leur tendre un piège. En revanche, ma participation fut une merveilleuse expérience d’apprentissage et j’ai pu établir un fabuleux réseau de collègues.

J’ai donc accepté de plein gré tous les autres postes que m’a offerts le Collège royal. Chaque expérience m’a aidé à évoluer, en tant que clinicien, enseignant et éducateur; j’ai approfondi mes connaissances sur les méthodologies de formation médicale, la philosophie et l’évaluation. J’ai non seulement appris à évaluer des personnes, mais j’ai aussi compris à quel point il est important d’évaluer le système. Je n’ai jamais remis en question la valeur du Collège royal parce que mon Collège royal a amené le jeune enseignant que j’étais à devenir le mentor et l’enseignant que je suis désormais.

Je ne suis donc pas étonné que le Collège royal aspire à être le leader mondial en formation médicale.

Ma deuxième histoire n’est pas aussi réjouissante.

Quelque 10 ans après avoir passé l’examen oral du Collège royal, j’ai rencontré mon premier patient atteint du sida. C’était au début de 1984 (j’en garde un vif souvenir, 35 ans plus tard). Âgé de 28 ans, il était revenu à Terre-Neuve pour annoncer à sa famille qu’il était gai, qu’il avait contracté le sida et qu’il allait mourir de cette mystérieuse et ravageuse maladie infectieuse. Il a atterri à St. John’s, puis il s’est entretenu avec les membres de sa famille, qui l’ont emmené directement à l’hôpital. Malheureusement, ils ne l’ont presque plus revu par la suite. Je peux comprendre à quel point ce fut difficile pour la famille, mais c’est surtout le patient qui fut tourmenté par leurs craintes. J’ai de nombreux récits datant de cette période difficile… des récits de peur, de honte, de rejet, mais aussi d’amour et de sacrifice. Cette terrible maladie nous a tous pris au dépourvu. Outre les tragédies vécues par nos patients et les difficultés rencontrées par les familles en raison du sida, j’ai remarqué que notre profession manque parfois d’humanité et que notre société a souvent tendance à condamner au lieu d’offrir du soutien. À Terre-Neuve-et-Labrador, au fil du temps, un groupe de patients, de professionnels de la santé, de politiciens et de décideurs a développé une approche de collaboration multidisciplinaire. Des réseaux nationaux ont éventuellement vu le jour, mais l’initiative vient davantage des patients et des professionnels de la santé que des leaders des soins de santé. Ironiquement, c’est le Collège des médecins de famille du Canada qui m’a invité à présider le premier groupe de travail national mandaté par Santé Canada pour élaborer un module sur le traitement du VIH et les soins offerts aux adultes et aux adolescents.

À l’époque, nous avions besoin d’un réseau national regroupant des experts en mesure de fournir une orientation, du mentorat et du soutien à leurs pairs. Où était mon Collège royal à ce moment? Les nouvelles maladies ne sont pas le seul changement auquel nous avons dû faire face durant nos carrières.

Les médecins et chirurgiens ici présents ont tous vécu des changements similaires au mitan de leur carrière. Les chirurgies laparoscopiques et peu invasives me viennent notamment à l’esprit.

L’ampleur de ces changements diminue par rapport à l’avenir que nous réservent les ordinateurs performants, l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies biomécaniques, la manipulation génomique ou la pharmacogénétique.

Où sera mon Collège royal lorsque les patients, la société, les gouvernements et l’industrie devront s’y adapter rapidement?

Je veux qu’il assume sa présence, qu’il se retrouve à l’avant-plan, qu’il oriente leur mise en œuvre, qu’il évalue leur efficacité et qu’il aide les collègues et les patients à s’adapter au nouveau savoir et aux nouvelles technologies.

Richard (Reznick) a rédigé un blogue inspirant au sujet du rôle de son comité dans ce contexte. Je crois que nous sommes sur la bonne voie. [Lien vers le billet du Dr Reznick sur l’IA publié sur le site de l’Université Queen’s]

Nos membres possèdent l’expertise nécessaire pour développer des milieux d’apprentissage favorables auxquels j’aurais souhaité avoir accès durant ma carrière, et ce, grâce à nos associations de spécialistes. Le Collège royal a la chance de regrouper toutes les spécialités et nous pouvons tous en profiter. Nous n’avons pas à nous limiter à notre profession pour créer des centres de collaboration qui aideront les Associés à s’adapter.

Le développement professionnel continu (DPC) nous réserve aussi un important changement. Moins de surveillance, plus de mentorat ainsi qu’un rôle actif et proactif de catalyseur. Nous reconnaissons donc que la surveillance de l’apprentissage ne se limite pas à la certification et que le Collège royal doit s’investir activement.

Nous savons à quel point la médecine est un cheminement laborieux et je serai ravi de collaborer avec vous pour que nos membres sachent que notre Collège royal les appuie en cette période de changement sans précédent. Je sais que nous avons tous les compétences, les connaissances et la passion nécessaires.

Enfin, j’aimerais rendre hommage à notre présidente actuelle, la Dre Françoise Chagnon.

Il est difficile de ne pas employer des métaphores chirurgicales pour décrire Françoise : précise, incisive, capable d’éviter la confusion. Cela dit, au cours de la dernière année, j’ai été en mesure d’admirer les qualités de leader de la Dre Chagnon. Françoise est toujours inclusive, elle consulte tout le monde — elle est une excellente collaboratrice. Elle sait écouter les gens et elle prend le temps de résumer et rassembler les opinions. Je me remémore un scénario classique où, à maintes occasions, elle s’est tournée vers moi avec un sourire en coin, et m’a murmuré « voilà de quoi vous occuper prochainement ».

Françoise, merci pour votre passion, pour votre curiosité insatiable et, surtout, pour toujours chercher à offrir plus de valeur à nos Associés. En public et en privé, vous faites passer ce thème au premier plan. Vous le faites parfois sans détour, mais il est toujours clair que vous tentez d’améliorer le système et ce que le Collège royal offre aux Associés.

J’espère seulement être animé de la même passion et du même dévouement durant mon mandat. Mes sincères remerciements; vos conseils seront toujours très appréciés.

J’espère seulement être animé de la même passion et du même dévouement durant mon mandat. Mes sincères remerciements; vos conseils seront toujours très appréciés.