Une médecin défend les personnes trans et éveille les consciences dans une nouvelle série documentaire

Le 8 février 2021 | Auteur: Personnel du Collège royal
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Carys Massarella, MD, FRCPC, est très à l’aise devant la caméra. Urgentologue au centre hospitalier St. Joseph de Hamilton, elle est considérée comme une super-héroïne pour les personnes trans dans son milieu. À ce titre, elle accorde souvent des entrevues à la télé, donne des conférences TED Talks et participe à des documentaires. C’est pourquoi quand on lui a demandé d’être la tête d’affiche d’une nouvelle série documentaire intitulée My Trans Journey, il lui a été facile d’accepter.

Dre Carys Massarella

Dre Carys Massarella (Source : St. Joseph’s Healthcare Hamilton)

« C’était en fait quatre documentaires distincts portant sur quatre personnes différentes subissant plusieurs types d’interventions – surtout de nature chirurgicale – et montrant leurs interactions avec moi, leur médecin », explique-t-elle à propos de la série actuellement diffusée sur le réseau OUTtv. On y célèbre le quotidien de patients transgenres.

La Dre Massarella apparaît aussi aux côtés de youtubeurs transgenres dans un autre documentaire récent intitulé Translating Beauty, qui explore la beauté à travers le prisme de femmes trans.

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Ces apparitions au petit écran comptent parmi les nombreux moyens que prend la Dre Massarella, homme devenu femme à l’âge de 42 ans, pour sensibiliser les gens aux enjeux des personnes transgenres et à l’importance d’être gentils et respectueux à leur égard. Ces principes sont fondamentaux dans son rôle de médecin en chef du programme de soins aux personnes transgenres au centre de santé communautaire Quest de St. Catharines.

« J’aimerais que les gens puissent ressentir la dysphorie de genre au moins une fois dans leur vie, mais la plupart ne le vivront jamais, dit-elle. Dans le fond, tout ce que je demande aux médecins, c’est d’avoir de l’empathie pour les personnes transgenres et de comprendre qui elles sont. Sachez seulement qu’elles essaient d’être elles-mêmes et soutenez-les dans leur quête d’identité. »

Le Huffington Post a nommé la Dre Massarella l’une des 50 icônes transgenres du monde. Elle a rejoint les rangs de St. Joe en 1997 et y a depuis occupé divers postes, notamment chef de la médecine d’urgence et présidente de l’association du personnel médical. Elle est la première personne transgenre au monde à diriger une équipe médicale.

Cette clinicienne de renom affirme que la reconnaissance qui découle de ses accomplissements et de ses apparitions publiques contribue à transmettre des messages positifs, particulièrement aux parents d’enfants transgenres.

« Cela permet aux parents de se dire : « En fin de compte, être transgenre n’est pas nécessairement la fin du monde pour mon enfant ». Il faut savoir qu’il y a quelques années, quand nous avons commencé ce travail de sensibilisation, les parents avaient souvent l’impression que, parce que leurs enfants étaient transgenres, il n’y avait plus aucun espoir pour eux à l’égard de l’emploi, du bonheur et de tout le reste. »

En prenant connaissance de son histoire et de ses réalisations, explique-t-elle, les parents comprennent que leurs enfants peuvent en fait avoir une vie plutôt intéressante.

Le modèle de la clinique Quest

La Dre Massarella s’est jointe à la clinique Quest en 2010. Elle y dispense des soins de santé de grande qualité, non pathologisants, aux personnes transgenres de la région de Hamilton et Niagara, de sorte que les patients n’ont pas à se rendre à Toronto. Au début, elle était la seule médecin de la clinique. Mais depuis, on y trouve un autre médecin, de même qu’une infirmière praticienne, d’autres infirmières et des thérapeutes.

« Au fil des ans, nous avons pris soin de plus de 1 000 patients transgenres, affirme-t-elle au sujet de la popularité de la clinique Quest. Les patients nous viennent de partout en Ontario », ajoute-t-elle pour démontrer les lacunes à cet égard ailleurs en province.

Mais les choses changent et elle en est ravie. « Quand j’ai débuté dans ce domaine, pratiquement personne à Hamilton ne prodiguait des soins aux personnes transgenres. Or, il y a aujourd’hui une bonne demi-douzaine de médecins qui travaillent beaucoup auprès des personnes transgenres à Hamilton, principalement au niveau des soins primaires, et aussi à l’hôpital pour enfants McMaster. »

La profession a besoin de formation sur les soins médicaux à offrir aux personnes transgenres

Ces services seront de plus en plus en demande, dit-elle, à mesure que les soins aux personnes trans prendront une plus grande place dans la formation des médecins. « J’estime que cette matière doit être enseignée. De nombreuses spécialités sont touchées, pas seulement les soins primaires, l’endocrinologie ou la pédiatrie. Les patients transgenres se présenteront dans vos centres hospitaliers pour divers problèmes de santé et ils méritent tous d’être traités équitablement, dans la dignité et le respect. »

« Un mal de gorge demeure un mal de gorge, que la personne soit transgenre ou non. »

Selon la Dre Massarella, il faut se rappeler que les problèmes des patients transgenres sont à peu près les mêmes que ceux des autres patients. « Quand un problème de santé n’a rien à voir avec le fait qu’une personne est transgenre, c’est essentiellement la même chose. Un mal de gorge demeure un mal de gorge, que la personne soit transgenre ou non. Il est donc inutile de prendre en considération le côté transgenre du patient, à moins que le problème ait spécifiquement trait à son traitement. »

« Je dis toujours que l’identité d’une personne n’est pas une maladie. C’est qui vous êtes, un point c’est tout. Il peut être vraiment dommageable d’en faire une maladie. Ça détruit et ça rabaisse ces gens. Pourtant, c’est ce qui s’est fait pendant des années, et les résultats ont été catastrophiques pour les personnes trans. J’estime que pour prendre soin des personnes transgenres, il faut s’éloigner de ce modèle. Malheureusement, on voit encore souvent des cas qui sont dirigés vers un psychiatre dès qu’ils amorcent leur processus de transition – je crois que ce n’est tout simplement pas la chose à faire. »

Il faut en faire encore plus, dit-elle, pour que les hôpitaux, les cliniques médicales et les cabinets de médecins tiennent compte de la réalité des personnes transgenres, et qu’ils respectent le code des droits de la personne.

« Dans toutes les provinces et au niveau fédéral, les droits d’identité et d’expression de genre sont protégés. Ce n’est ni un moyen de pression, ni une menace. Ça signifie tout simplement que l’on demande aux gens – de grâce – de traiter les personnes transgenres avec dignité et respect. »


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