Réaliser des économies, améliorer les soins de santé – Un régime universel d’assurance-médicaments s’impose

Billet d'invité
16 octobre, 2019 | Auteur: Billet d'invité
Lecture de 3 min

Dre Lisa Miller

John est un fermier manitobain de 68 ans qui souffre de diabète depuis 25 ans. L’état de ses reins s’étant détérioré au cours des cinq dernières années, il a recours à l’hémodialyse depuis peu; il doit donc se rendre à l’hôpital trois fois par semaine pour des traitements. Il doit prendre 10 médicaments différents, et on vient de lui annoncer l’ajout d’un nouveau médicament qui lui coûtera de 2 à 8 dollars par jour. John, qui n’a pas d’assurances, voit sa santé dépérir. Il m’a confié ne pas être en mesure de prendre certains médicaments, car il n’en a pas les moyens. Malheureusement, cette situation est plutôt fréquente au Canada, et je suis à même de le constater assez souvent dans ma pratique.

Un régime universel d’assurance-médicaments permet à chacun de se procurer des médicaments sans devoir payer des coûts exorbitants; il est donc inadmissible qu’un système de soins de santé comme le nôtre en soit exempt. En 2018 seulement, les Canadiens ont dépensé quelque 34 milliards de dollars en médicaments d’ordonnance. Le Canada figure donc au troisième rang des dépenses en médicaments par personne, devancé uniquement par les États-Unis et la Suisse. Depuis les années 1960, cinq commissions nationales ont recommandé d’inclure les médicaments d’ordonnance au régime universel de soins de santé canadien.

Cependant, plus de 50 ans ont passé, et bien des Canadiens n’ont toujours pas accès aux médicaments qui les aident à maintenir leur santé et à traiter leurs maladies parce qu’ils sont hors de prix. On estime que 20 % des Canadiens n’ont pas de couverture d’assurance adéquate pour leurs médicaments. Beaucoup d’entre eux se privent de nourriture et d’autres besoins essentiels pour payer leurs médicaments. Compte tenu des quelque 100 000 régimes d’assurance-médicaments recensés, nous avons donc affaire à un système désuet et injuste dans un pays où la justice et l’égalité sont pourtant valorisées.

Malgré le fait que 60 % des Canadiens cotisent à des régimes privés, ces derniers ne couvrent que 36 % des dépenses totales en médicaments au pays. Dans de nombreux cas, les régimes d’assurance-médicaments privés ou publics offrent une couverture insuffisante une fois les primes, les franchises, les copaiements et les maximums annuels pris en compte. En l’absence d’un régime à payeur unique et d’un pouvoir de négociation, le coût des médicaments ne cesse d’augmenter.

Les coûts élevés liés à la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments suscitent beaucoup d’appréhension, mais une étude parue dans le Canadian Medical Association Journal en 2015 démontre qu’un régime universel d’assurance-médicaments entraînerait en fait une réduction des dépenses en médicaments de l’ordre de 7 milliards de dollars par année. En 2018, le budget fédéral prévoyait la création du Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments afin de mettre en place un régime abordable pour les Canadiens. Dans le rapport qu’il a présenté en juin 2019, le conseil recommandait au gouvernement fédéral de collaborer avec les provinces et les territoires pour mettre en place un régime universel d’assurance-médicaments public, à payeur unique, afin que l’ensemble des Canadiens puissent se procurer les médicaments dont ils ont besoin. Le conseil a aussi recommandé la création d’une agence canadienne des médicaments chargée de dresser une liste nationale des médicaments d’ordonnance assurés pour que les mêmes médicaments soient mis à la disposition de tous les Canadiens.

Il n’y a plus d’excuses possibles. Le Canada ne devrait plus se retrouver au titre des rares pays industrialisés ne s’étant pas doté d’un régime universel d’assurance-médicaments qui réduit les coûts et améliore les résultats pour la santé. Un régime à payeur unique augmentera notre pouvoir de négociation auprès de l’industrie; nous pourrons ainsi réduire le coût des médicaments et les coûts administratifs qui minent actuellement les régimes d’assurance-médicaments au Canada. Les employeurs réaliseront des économies qu’ils pourront convertir en avantages pour leurs employés. Les familles réaliseront des économies et ne se verront plus refuser l’accès aux soins en fonction du revenu, de l’emploi, de l’âge ou de la région. Le Canada doit aller de l’avant et mettre en place un régime national d’assurance-médicaments.

Pour cette élection fédérale, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada invite tous les partis politiques à s’engager à instaurer un régime national complet d’assurance-médicaments à payeur unique. Personne ne devrait être privé de traitements médicaux en raison de leurs coûts. Nous devons faire en sorte que tous les John aient accès aux mêmes ressources médicales, et ainsi réduire au minimum les complications qui alourdissent le fardeau fiscal de notre système de soins de santé s’ils ne peuvent prendre les médicaments dont ils ont besoin.

Découvrez notre trousse de défense d’intérêts auprès des partis politiques

La Dre Lisa Miller, MD, FRCPC, est professeure adjointe à l’Université du Manitoba; elle occupe un poste clinique en néphrologie au sein du Manitoba Renal Program depuis 2005. Ses recherches portent surtout sur l’incidence des maladies cardiovasculaires et de la mise en place d’un accès vasculaire sur la néphropathie chronique.

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