Miser sur l’innovation : Moduler la formation médicale en fonction de la COVID-19

Le 17 janvier 2021 | Auteur: Personnel du Collège royal
Lecture de 5 minutes

Les programmes de résidence résistent à la COVID-19

La COVID-19 a forcé les programmes de formation médicale postdoctorale à changer drastiquement leurs méthodes d’enseignement. Alors que les résidents doivent se protéger eux-mêmes contre l’infection, adopter des plateformes virtuelles et continuer d’acquérir des compétences cliniques malgré l’annulation de nombreuses chirurgies et la restriction des cliniques, les programmes trouvent de nouvelles façons d’assurer l’apprentissage et le bien-être des résidents, partout au pays. Nous avons invité des directeurs de programme, des éducateurs et des résidents à nous faire part de leurs défis – et de leurs innovations – dans le nouveau contexte d’apprentissage imposé par la COVID-19.

Le Dr Andrew Hall (l’Université Queen’s), la Dre Sanraj Basi (l’Université de l’Alberta), le Dr Daniel Dubois (l’Université d’Ottawa), la Dre Cassandra Mendonca (l’Université d’Ottawa)

Les éducateurs et les résidents interrogés emploient une foule de stratégies pour appuyer l’apprentissage, atteindre les jalons et favoriser le bien-être des résidents. Découvrez les innovations qui s’apparentent le plus à vos activités :

  1. Miser sur les plateformes virtuelles (1-minute read)
  2. Innover pour atteindre les jalons cliniques (1-minute read)
  3. Apprentissage dirigé par les résidents (1-minute read)
  4. Conseils pour les éducateurs médicaux (1-minute read)
  5. De nouvelles ressources en ligne chaque jour (1-minute read)

1. Miser sur les plateformes virtuelles

Les plateformes virtuelles sont devenues un incontournable pour les programmes confrontés aux nombreux défis imposés par la COVID-19. Elles leur ont notamment permis de respecter les consignes de distanciation physique et d’offrir aux résidents une formation universitaire qui leur permet d’évaluer des patients et d’acquérir des compétences cliniques.

Selon le Dr Andrew Hall, professeur agrégé et responsable de l’approche par compétences en formation médicale au Département de médecine d’urgence de l’Université Queen’s, et éducateur clinicien au Collège royal, le transfert des séances universitaires en ligne s’est avéré essentiel pour son département – et ce changement pourrait susciter des innovations fort utiles, non seulement en temps de pandémie mais aussi à long terme.

« Il faut profiter de l’occasion pour apporter des changements et innover, » confie le Dr Hall. Par exemple, le Département de médecine d’urgence a adapté ses séances scientifiques à la plateforme Zoom, en en modifiant considérablement le format. « Les séances scientifiques intégrales d’une heure et demie ne conviennent pas au mode virtuel, car elles ne stimulent pas suffisamment les participants. » Le Dr Hall et ses collègues ont donc décidé de présenter plusieurs séances de 10 minutes animées par un modérateur, suivies d’une période de questions ciblées pour maintenir l’intérêt des stagiaires.

« La plupart du temps, le simple fait d’offrir une séance existante en mode virtuel ne suffit pas, explique le Dr Hall. Nous avons jugé pertinent de transformer notre modèle existant et d’évaluer nos nouvelles méthodes. Les séances scientifiques conviennent très bien à cette formule de courtes présentations; il est fort probable que nous adoptions cette solution à long terme. »

La Dre Sanraj Basi, directrice du programme d’oncologie médicale de l’Université de l’Alberta, reconnaît que la transition au mode virtuel s’est avérée étonnamment positive malgré certaines difficultés.

« Lorsque nous avons été appelés à intervenir, l’hôpital nous a demandé de diminuer nos déplacements autant que possible, » raconte la Dre Basi. Les patrons et les résidents ont donc dû se tourner vers les plateformes virtuelles pour évaluer les patients et tenir les séances universitaires, comme les demi-journées universitaires et les comités multidisciplinaires de thérapie du cancer. « L’évaluation des patients en ligne me semble plus flexible, nous avons plus de facilité à trouver des présentateurs pour les demi-journées universitaires et notre taux de participation aux comités de thérapie du cancer n’a jamais été aussi élevé, ajoute-t-elle. Ces activités ont pris une toute autre dimension maintenant que l’on peut y assister chez soi, sans se déplacer. »

2. Innover pour atteindre les jalons cliniques

Le Dr Daniel Dubois est directeur adjoint du programme d’anesthésiologie et responsable de la CPC à l’Université d’Ottawa. Son principal défi consistait à offrir suffisamment d’expériences cliniques aux résidents suite à la fermeture de neuf des quinze salles d’opération du programme à la mi-mars, et à l’annulation des chirurgies non urgentes. Après quelques semaines déstabilisantes, le programme d’anesthésiologie met maintenant tout en œuvre pour que les expériences d’apprentissage auxquelles participent les résidents soient prises en compte en tant qu’activités professionnelles confiables (APC), dans la mesure du possible.

« Nous avons conçu un nouveau formulaire simplifié pour l’évaluation et l’observation des résidents durant leurs stages cliniques, » explique le Dr Dubois. Le programme demande aussi aux résidents de présenter une autoréflexion hebdomadaire sur leur expérience clinique et les activités d’apprentissage auxquelles ils ont participé, comme la gestion du flux de travail en salle d’opération, le leadership ou tout autre type d’activité d’érudition. Les résidents peuvent consulter les documents liés aux cas, en discuter seul à seul avec les patrons et leur poser des questions. Pour ce qui est de l’expérience pratique, le programme d’anesthésiologie a aussi recours à la simulation.

Le Dr Hall ajoute que son programme de médecine d’urgence trouve différents moyens d’aider les résidents à réaliser des jalons cliniques depuis le retrait de certains stages essentiels qui nécessitaient des déplacements.

« Par exemple, les résidents doivent habituellement se rendre dans les grands centres dotés de départements d’urgence pédiatrique, car notre hôpital en est dépourvu. Nous laissons maintenant les résidents prendre en charge les cas pédiatriques de notre hôpital en priorité, et nous évaluons leurs compétences en pédiatrie. » Le Dr Hall signale que le programme repensera à cette stratégie plus tard, et déterminera si les stagiaires sont ainsi en mesure d’acquérir les compétences nécessaires.

3. Apprentissage dirigé par les résidents

Les résidents ont aussi déployé des efforts pour proposer d’autres modèles d’apprentissage. En étroite collaboration avec l’équipe du programme d’anesthésiologie de l’Université d’Ottawa, ils ont découvert deux solutions d’apprentissage en ligne, Cardiac Home School et Chalk Talks. Selon la Dre Cassandra Mendonca, résidente de troisième année en anesthésiologie, cette idée a germé au plus fort de la situation d’urgence à Ottawa, alors que les résidents étaient confinés à la maison.

« Nous cherchions à proposer des séances dirigées par les résidents, » explique la Dre Mendonca. Avec Cardiac Home School, nous souhaitions aborder des questions d’anesthésie liées à la cardiologie qui occupent l’esprit des résidents sans toutefois être des situations courantes en milieu clinique. La Dre Mendonca et ses collègues ont réuni les résidents de deuxième et de troisième années, puis ont organisé deux séances par semaine afin qu’ils puissent poser leurs questions aux enseignants; des listes de lectures supplémentaires ont aussi été fournies aux résidents.

« Les participants étaient si enthousiastes, et les leçons si pertinentes à notre pratique, que nous avons décidé d’offrir des séances sur d’autres sujets », admet-elle. Lorsque nous avons eu l’idée d’ajouter Chalk Talks, le Département d’anesthésiologie a officialisé le processus afin que l’ensemble des résidents y aient accès.

4. Favoriser le bien-être des apprenants les plus touchés

Les répercussions de la pandémie varient d’un programme à l’autre, mais tous les résidents ont besoin d’aide supplémentaire et de l’attention accrue des enseignants. Les Drs Hall, Basi et Dubois conviennent que les résidents en transition de carrière seront vraisemblablement les plus touchés.

« Les nouveaux stagiaires qui arriveront durant l’été auront beaucoup de difficulté à s’adapter parce qu’ils n’ont pas recours aux réseaux sociaux et professionnels du programme, fait observer le Dr Hall. Ces réseaux contribuent au bien-être et au sentiment d’appartenance des résidents. » Il ajoute que ceux qui terminent leur résidence éprouvent des difficultés en lien avec l’interruption du processus de certification. « La transition du résident vers la pratique autonome dans le contexte de la COVID s’avère beaucoup plus difficile, reconnaît le Dr Hall. Cette étape est tout sauf harmonieuse en ce moment. »

Le Dr Dubois s’inquiète pour les résidents qui suivent un plan correctif. « Bon nombre de leurs plans d’apprentissage ont été reportés de quelques mois », souligne-t-il. Les résidents qui se préparent en vue des examens du Collège royal et amorcent la transition vers la pratique ont aussi été perturbés, car les programmes ont de la difficulté à leur donner l’occasion d’assurer la prise en charge autonome de patients et d’être évalués. Il ajoute que les résidents à mi-chemin de leur parcours ne peuvent participer à des stages optionnels interhospitaliers ou interuniversitaires, et leurs perspectives de carrière en souffrent.

« Dans l’ensemble, les volets didactiques de la CPC ne sont pas si difficiles à gérer, contrairement au volet clinique, précise-t-il. Si les résidents ne parviennent qu’à faire trois des huit journées de stage prévues, ils devront rattraper le temps perdu. »

La Dre Basi soutient que les résidents séniors de son programme, qui se préparent à obtenir leur permis, ne savent pas comment ni quand auront lieu ces examens importants. Quant aux résidents juniors, ils n’ont pas les mêmes chances de participer à des stages facultatifs à l’extérieur et d’établir des réseaux pour leurs objectifs de carrière. « Toutefois, les résidents juniors pourraient être avantagés à long terme parce qu’ils découvrent les modèles d’évaluation en ligne et en personne plus tôt que les résidents séniors. Je m’attends à ce que l’évaluation en ligne soit maintenue après la pandémie, car elle coûte moins cher au système de soins de santé et elle évite des déplacements aux patients. »

Les trois programmes appuient les apprenants, car ils communiquent plus souvent avec eux. Le Dr Hall insiste sur le fait que l’esprit de camaraderie associé aux rencontres informelles en groupe aide les résidents à combattre le sentiment d’isolement et l’épuisement qui les guettent.

« Les interactions sont de plus en plus rares et plus difficiles avec la COVID-19; les enseignants doivent donc communiquer régulièrement avec les résidents, leur donner l’occasion de ventiler et de se faire entendre, de revenir sur leurs expériences et de participer au processus d’adaptation, conclut-il. Si les programmes se concentrent sur le bien-être et la sécurité, tout ira bien. »

5. De nouvelles ressources de formation médicale en ligne chaque jour

« Des leaders en éducation médicale à l’échelle du pays nous rappellent qu’il faut se concentrer sur l’enseignement malgré la COVID, quoi qu’il arrive, fait observer le Dr Hall. Toute situation d’urgence entraîne une réponse de type combat-fuite (« fight or flight »), et l’enseignement risque d’être mis en veilleuse si nous devons protéger notre santé et celle des résidents. C’est ce qu’il faut éviter à tout prix. »

Le Dr Dubois est d’accord. Il s’étonne encore du nombre de ressources utiles qui ont été proposées depuis le début de la pandémie. « Ces changements étaient très déroutants, mais nous nous y sommes adaptés et nous sommes prêts pour la suite des choses. »

Le Dr Dubois mentionne que son programme a eu recours à certaines ressources de formation médicale – le Collège royal a notamment produit des pages Web, des webinaires et d’autres outils concernant les répercussions de la COVID-19 sur la formation médicale, les moyens employés par les éducateurs médicaux pour continuer d’offrir une formation qui respecte les exigences du Collège royal, ainsi que les incontournables de l’enseignement. Aussi, il consulte beaucoup les ressources sur la COVID-19 à l’intention des éducateurs médicaux de l’American Medical Association, et le site Web Pivot MedEd.

« Nous tenons des vidéoconférences mensuelles avec tous les présidents des comités de compétence en anesthésiologie du Canada pour savoir où ils en sont par rapport à la CPC. La pratique varie beaucoup; certaines écoles réalisent des choses surprenantes alors que nous tentons tous de trouver des moyens de gérer la situation », affirme le Dr Dubois.

La Dre Basi consulte surtout les mises à jour du Collège royal, des autorités provinciales de la santé et des bureaux des études médicales postdoctorales. Elle participe également à des réunions virtuelles sur l’apprentissage et l’évaluation dans le contexte de la COVID-19 avec des chefs de file de la formation en oncologie. « Nous n’avons été confrontés à aucune crise médicale de cette envergure depuis des décennies, rappelle la Dre Basi. Heureusement, nous pouvons échanger sur Internet et j’imagine que nous maintiendrons ces liens étroits après la pandémie. »

Conseils aux éducateurs médicaux pour maintenir la confiance à l’égard de la formation

  • Il faut regarder la réalité de la COVID-19 en face et miser sur le bien-être et le développement professionnel des résidents. Communiquez donc régulièrement avec eux afin qu’ils se sentent soutenus et évitent l’épuisement.
  • Consultez les résidents le plus souvent possible avant de prendre des décisions au sujet du milieu clinique et universitaire. Leur opinion et leurs idées seront fort utiles pour l’adaptation aux changements drastiques que vivent la plupart des programmes.
  • Établissez une stratégie de communication formelle sur la COVID-19, et transmettez-la aux enseignants et aux résidents.
  • La COVID-19 pourrait entraîner des délais dans la formation de certains résidents, et vous devez agir en amont – en reconnaissant et en planifiant le besoin accru de coaching longitudinal et de plans de formation individualisés pour combler les lacunes d’apprentissage.
  • Faites preuve d’ouverture en ce qui concerne l’apprentissage et l’évaluation. Que pouvez-vous faire différemment? Comment transformer les méthodes d’enseignement pour aider les résidents à réaliser des APC à partir de leurs expériences d’apprentissage?
  • Documentez toutes les activités d’apprentissage pour aider les comités de compétence à prendre des décisions fiables quant à la progression des résidents. À l’avenir, il sera important de connaître précisément les réalisations et les lacunes liées à l’apprentissage.
  • Songez aux possibilités qu’entraîne la COVID-19 pour le développement des rôles CanMEDS de leader, communicateur et collaborateur.

« Nous devons absolument tenir compte de ce qui fait défaut et nous préparer à la suite, après la pandémie, conclut le Dr Hall. Si nous ne sommes pas en mesure d’évaluer ou d’enseigner certaines compétences, nous devons les noter et y revenir durant une autre année. Cette étape est cruciale pour que la confiance à l’égard de la formation soit maintenue. »


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