Message aux médecins : les leçons de Bob Dylan pour faire face aux changements dans les soins de santé

Le 9 décembre 2021 | Auteur : Dr. Richard Reznick
Lecture de 5 minutes

Dans cet article :

  • Pourquoi devons-nous apprendre à accueillir le changement
  • Comment la révolution numérique continuera-t-elle à façonner la prestation des soins et les interactions avec les patients et même à définir de nouveaux cheminements de carrière après les études en médecine
  • Le défi de saisir les occasions d’influencer et de susciter des changements positifs

For the times they are a-changin’ [« Car les temps changent »; paroles d’une chanson de Bob Dylan]

Ce message est pour ceux et celles qui sont plus jeunes que moi… ce qui veut dire les étudiants, les résidents, les nouveaux diplômés, les plus-très-nouvellement diplômés et même ceux qui pensent à la retraite!

N’ayons pas peur d’accueillir le changement. En fait, attendons-le avec impatience. Bien entendu, nous avons tous déjà fait face à des changements dans notre milieu de soins de santé; ce n’est donc pas quelque chose de nouveau. Mais je crois que le rythme auquel les changements se produiront dans un avenir proche s’accélèrera rapidement. À moins que nous nous mettions personnellement au défi d’accueillir le changement et d’améliorer le système de santé, notre aversion naturelle au changement (qu’on appelle la dissonance cognitive, en psychologie) pourrait faire obstacle au progrès.

Une révolution du changement

Dans son récent ouvrage intitulé Sapiens, Yuval Noah Harari traite des trois grandes révolutions qu’a connues l’humanité : la révolution cognitive, la révolution agricole et la révolution scientifique. J’argumenterais que nous (et en particulier ceux d’entre vous qui sont en début de carrière) vivons actuellement la quatrième grande révolution de l’humanité : la révolution numérique.

Et quelle chance nous avons!

La technologie aura très certainement un effet important sur la médecine. Dans l’avenir, les interactions avec nos patients ne ressembleront plus, de bien des façons, à celles auxquelles les gens de ma génération étaient habitués. Les salles d’attente, les télécopies et les rendez-vous dans trois mois feront place – et c’est ce qui arrive déjà avec la pandémie – à un plus grand nombre de consultations électroniques, de consultations virtuelles avec les patients, d’ordonnances électroniques et de communications rapides par message texte.

La révolution numérique transformera aussi la nature fondamentale de la médecine spécialisée. Ma spécialité était la chirurgie colorectale. Il n’y a absolument aucune chance que, dans 50 ans, les chirurgies du côlon se fassent de la même manière qu’aujourd’hui. L’intelligence artificielle (IA) sera prépondérante en matière de diagnostic et des robots intelligents pratiqueront des interventions chirurgicales plus précises que tout ce que nous aurions pu imaginer. Je suis persuadé qu’il en sera de même pour toutes les spécialités, sinon la plupart.

Dans le récent rapport du Groupe de travail sur l’intelligence artificielle (IA) et les nouvelles technologies numériques du Collège royal, nous avons cité le futuriste médical Bertalan Mesko, selon qui l’IA pourrait engendrer une grande démocratisation des soins de santé. Étant donné les répercussions possibles des capacités en langage naturel des futures machines et de leur utilisation omniprésente dans des milieux de soins axés sur l’IA, la nature même de l’interaction patient-médecin pourrait changer fondamentalement.

Il nous revient donc de faire preuve d’adaptation, d’innovation, de créativité et de ne pas avoir peur d’accepter le changement.

Laissez-moi vous raconter une histoire intéressante

Lorsque j’étais en congé sabbatique, il y a quelques années, j’ai eu une conversation très intéressante qui m’a permis de comprendre à quel point la révolution numérique allait façonner la carrière de nos plus jeunes collègues.

J’allais à Londres, en Angleterre, pour visiter une organisation qui appartient maintenant à Google et qui s’appelle DeepMind. Sa division de la santé explore les liens entre l’IA et les soins de santé. Pendant mes discussions avec des gens qui travaillent là-bas, j’ai rencontré une jeune femme nouvellement diplômée de l’École de médecine de l’Université Stanford. Cela m’apparaissait étrange. Qu’est-ce qu’une personne qui venait tout juste d’obtenir son diplôme d’une école de médecine prestigieuse faisait à travailler dans l’industrie des technologies plutôt que d’aller faire sa résidence? Mais elle m’a bien fait comprendre que travailler chez DeepMind était son premier choix à la fin de ses études. Son objectif était de travailler pour une entreprise axée sur le développement de l’IA dans le domaine des soins de santé. Plus étonnant encore, elle m’a dit que beaucoup de ses collègues de classe à Stanford avaient des objectifs similaires. D’après ses estimations, le tiers de sa cohorte avait l’intention de poursuivre des carrières médicales non traditionnelles, et beaucoup dans les technologies des soins de santé.

Pour ma génération, il n’y avait qu’une seule raison d’étudier en médecine : devenir un médecin praticien. Les choses ne sont plus aussi simples aujourd’hui. C’est peut-être un peu effrayant, mais c’est aussi incroyablement stimulant, parce que l’innovation et même les approches non conformistes pour répondre aux défis actuels en santé laissent présager un avenir extraordinaire.

Nourrir l’état d’esprit qui vous a mené à la médecine

Je me souviens, lorsque j’étais doyen, avoir dit ceci à nos étudiants en médecine : « Vous devrez faire preuve d’ouverture d’esprit et de souplesse tout au long de votre carrière. Vous devrez faire face à la révolution technologique, la saisir, la comprendre et la mettre à votre service. Sous votre emprise, les nouvelles technologies changeront la façon dont nous prodiguons les soins de santé. Mais je suis convaincu que ce sera pour le mieux. Pour y arriver, vous devrez entretenir et renforcer votre sens de la créativité et de l’innovation, ces mêmes qualités qui vous ont permis d’entrer en médecine. Ne les perdez pas. »

Pour beaucoup d’entre nous, pour qui l’école de médecine remonte à loin, je crois que le message reste le même.

Nous savons que notre système de soins de santé au Canada a besoin d’être ajusté. Beaucoup des problèmes auxquels nous sommes confrontés datent d’avant la pandémie. En fait, les deux dernières années n’ont fait que les mettre en lumière. Tandis que nous pensons à l’avenir, nous devons adopter des changements importants afin de rebâtir un système de soins de santé plus fort et plus résilient.

Certains d’entre nous occupent des postes de direction – nous avons la possibilité de promouvoir des améliorations pour le système qui sont appuyées par la recherche.

D’autres sont en enseignement – inspirons nos stagiaires à devenir des médecins encore plus remarquables que tout ce que nous avons vu ou imaginé.

Et d’autres encore travaillent peut-être en défense des intérêts – nos voix peuvent servir à promouvoir la justice, l’équité et l’utilisation judicieuse de nos ressources, surtout si ces voix sont favorables au changement.

Quel que soit le domaine de spécialité ou le cadre dans lequel nous travaillons, nous avons tous intérêt à être un peu plus enthousiastes face au changement, car au fond, c’est de là que naissent la créativité, l’innovation et l’amélioration.

Je ne crois pas que Bob Dylan parlait d’intelligence artificielle ni des changements dans le système de santé quand il a écrit le couplet suivant, mais il nous a peut-être offert un message important :

May your hands always be busy              [Que tes mains soient encore occupées]

May your feet always be swift                   [Que tes pieds soient toujours agiles]

May you have a strong foundation         [Que tu aies des fondations solides]

When the winds of changes shift             [Quand le vent du changement se lève]

May your heart always be joyful              [Que ton cœur reste toujours enjoué]

May your song always be sung                 [Que ta chanson soit encore chantée]

And may you stay                                           [Et que pour toujours encore]

Forever young                                                  [Tu restes jeune]

En quoi le changement a-t-il eu un effet sur votre pratique? Je serais heureux de lire vos réflexions dans les commentaires.

Richard K. Reznick, MD, MEd, FRCSC, FACS, est le 46e président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Il est le directeur fondateur du Centre Wilson et a été directeur du Département de chirurgie de l’Université de Toronto et doyen de la Faculté des sciences de la santé de l’Université Queen’s.


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