La chirurgienne britanno-colombienne Andrea MacNeill met les systèmes de santé au défi de prendre le virage vert

Le 7 avril 2022 | Auteur: Personnel du Collège royal
Lecture de 4 minutes

Dans cet article :

  • Le travail de la Dre Andrea MacNeill au laboratoire de santé planétaire de l’UBC
  • Les trois principes de base d’un système de santé durable
  • Des suggestions aux professionnels de la santé pour faire avancer la cause de la santé planétaire

Andrea MacNeill, MD, FRCSC, s’est donné pour mission de bâtir des systèmes de santé durables.

Cette chirurgienne oncologue de l’Hôpital général de Vancouver et de BC Cancer a fondé le laboratoire de santé planétaire de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) et en est la chercheuse principale. Elle et une équipe d’experts y examinent les effets de la prestation des services de santé sur l’environnement, et les moyens de réduire l’empreinte écologique et de maximiser l’efficacité des services.

« Comment les soins fournis jour après jour dégradent-ils l’environnement et déclenchent-ils ainsi une réaction en chaîne d’effets nocifs pour la santé humaine? Que pouvons-nous faire pour résoudre ce paradoxe dans nos activités quotidiennes? »

Le défi est de taille, mais la chirurgienne le prend à bras-le-corps.

Dr. Andrea MacNeill

Dre Andrea MacNeill (photo soumise)

Bâtir des systèmes de santé durables

La Dre MacNeill étudie les répercussions des soins de santé sur l’environnement depuis plus d’une décennie. En plus de sa formation médicale, elle met à profit sa maîtrise en gestion des changements climatiques de l’Université d’Oxford.

En 2017, elle a publié un article qui fait autorité sur les répercussions de la chirurgie sur le climat planétaire, et a cosigné l’année suivante une étude sur les émissions nationales de gaz à effet de serre du système de santé canadien. Plus récemment, elle a figuré parmi les auteurs d’un cadre de référence pour des systèmes de santé durables.

Ce cadre s’appuie sur trois principes de base :

  • Réduire la demande de services de santé (ex. : prévention des maladies, promotion de la santé).
  • Harmoniser l’offre de services à la demande (ex. : prestation de soins appropriés, intendance des ressources).
  • Optimiser l’efficacité et la performance environnementale de la prestation des soins (ex. : réduction des émissions, coordination de la prestation, offre de soins virtuels, promotion de l’économie circulaire, mise en place d’une infrastructure verte et adoption de pratiques écoresponsables).

Toutes ces avenues sont explorées par le laboratoire de santé planétaire de l’UBC.

« Nous ne préconisons aucune mesure qui pourrait compromettre la qualité des soins fournis aux patients. Tous ces axes d’intervention vont dans le même sens et agissent dans bien des cas en synergie. »

Un laboratoire vivant voué à la santé planétaire

Le laboratoire compte parmi ses partenaires des experts en génie environnemental, en santé publique, en systèmes de santé, en économie de la santé et en sciences comportementales. Il collabore également étroitement avec Vancouver Coastal Health, dont la Dre MacNeill est la directrice médicale régionale en santé planétaire.

« Nous avons la chance d’être un laboratoire vivant. » Cela signifie que les pratiques exemplaires durables mises à l’essai en laboratoire peuvent être testées en temps réel ou que les partenaires ont accès à des données en temps réel dans l’écosystème de la santé.

« Nous savons que la chaîne d’approvisionnement est la plus grande source d’émissions en santé. Par conséquent, une partie de la transition écologique ne relève pas de la compétence individuelle des cliniciens et nécessite un changement systémique. »

Malgré cela, la Dre MacNeill est d’avis que les cliniciens ont un rôle personnel à jouer pour faire bouger les choses.

« Je sais qu’il existe un sentiment d’impuissance plutôt généralisé face à cet enjeu, mais je crois aussi que les gens sous-estiment leur pouvoir. »

Qu’entend-on par santé planétaire?

Le concept a fait son apparition en recherche universitaire avec la publication du rapport de la commission Fondation Rockefeller–Lancet sur la santé planétaire en 2015.

Selon la Dre MacNeill, ce rapport « rend compte avec précision de la relation entre la santé humaine et la santé environnementale, c’est-à-dire qu’il explique en quoi notre santé et notre bien-être dépendent entièrement de l’existence d’écosystèmes sains. »

Réduire la pression exercée sur le système

La Dre MacNeill estime qu’à l’échelle mondiale, de 25 % à 30 % des services de santé sont fournis inutilement ou présentent une faible valeur. Les cliniciens peuvent faire fléchir cette statistique en identifiant et en évitant les interventions superflues, ce qui réduit la pression exercée sur le système et améliore l’accès aux soins essentiels. Autres avantages : on parvient à réduire le risque de préjudices au patient, les dépenses et l’utilisation inutile de matériel. Les cliniciens devraient aussi être à l’affût de la sous-utilisation des services nécessaires, qui rend les patients vulnérables à des maladies évitables ou à la progression d’une maladie à un stade avancé.

« Dans le cadre de notre travail, nous ne manquons pas d’occasions de contribuer de façon considérable à la protection de l’environnement, et c’est ici qu’entre en jeu la pertinence des soins. »

Choisir avec soin propose de nombreuses ressources en ce sens. La Dre MacNeill contribue pour sa part à la conception d’un programme de partenariat entre Vancouver Coastal Health et les cliniciens, afin de permettre à ces derniers de détecter les lacunes dans leur spécialité et d’élaborer des interventions pour y remédier. Elle avait déjà fait cet exercice avec Husein Moloo, MD, FRCSC, un collègue d’Ottawa, en publiant avec lui un cadre de référence pour les chirurgiens colorectaux.

Par exemple, ce cadre recommande de participer à des programmes de dépistage du cancer du côlon et d’en renforcer les capacités pour traiter les pathologies plus tôt et en mobilisant moins de ressources.

« Tout le monde y gagne : les patients, le système et l’environnement. Nous voulons répéter l’expérience dans toutes les spécialités et inciter les gens à chercher les possibilités d’amélioration dans leurs pratiques. »

Pour en savoir plus sur l’apport des cliniciens, jetez un coup d’œil à l’article « Net zero healthcare: a call for clinician action » qu’ont publié la Dre MacNeill et ses collègues dans le British Medical Journal à l’automne 2021.

La communauté des soins de santé se mobilise

Avec un esprit d’amélioration de la qualité, on trouve plusieurs façons d’intégrer les principes de durabilité à ses pratiques, et la Dre MacNeill se réjouit de voir une communauté clinique de plus en plus engagée et mobilisée.

Citons à titre d’exemple CASCADES, un réseau émergent dirigé par Fiona Miller, Ph. D., de l’École de santé publique Dalla Lana, à l’Université de Toronto. L’UBC est un établissement partenaire, et la coordonnatrice régionale du réseau pour l’Ouest du Canada fait partie du laboratoire de la Dre MacNeill.

« CASCADES est un réseau voué à la mobilisation des connaissances qui diffuse les pratiques exemplaires générées et publiées par des personnes comme moi dans l’ensemble du secteur pour faciliter leur mise en œuvre. »

Le travail du réseau enthousiasme la Dre MacNeill, qui constate l’intérêt suscité.

« Mon plus grand défi à l’heure actuelle est de répondre à la multitude de demandes. Les gens veulent savoir comment s’impliquer ou m’expose la situation à leur clinique pour trouver des solutions. Mais c’est un beau problème à avoir. »


Mots-clés


Laissez un commentaire. Afin de réduire le courrier indésirable, les commentaires sont examinés avant d'être affichés.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Envoyer

David Bracco | April 13, 2022
C'est absolument génial et essential. Ca fait des années que l'on travaille la dessus et hélas, l'empreinte carbone du système de santé Canadien est horrible: Elle correspond a 1/2 voiture par canadien. Nous essayons de faire notre possible au niveau clinique, mais nous nous heurtons a une administration qui fait que des rebelles jetables a usage unique, que du plastique et des tissus qui traversent la planète pour etre utilisés 10 secondes et jetés ici. Je suis désespéré.Malgré des pressions, des faits, des données, notre administration continue avec de l'usage unique partout et continuellement. On pourrait facilement reduire notre epeirnte carbone. Nous avons estimé que notre bloc opératoire (10 salles d'op) pourrait réduire de 800 T de CO2 par an, mais rien n'est fait et au contraire. toujours plus de plastique, de jetable, de "take-make-waste". Comment faire pour faire changer les décideurs d'en haut ?