Hommage à un ardent défenseur de la santé des Autochtones

Le 24 février 2021 | Auteur : Personnel du Collège royal
Lecture de 4 min

Dr Thomas Dignan, 1942-2021

Un formidable champion de la santé des Autochtones s’est éteint, mais son œuvre se perpétuera à travers les leaders qu’il a accompagnés au fil des décennies. Anesthésiste et médecin de première ligne doté d’une immense générosité, d’une humilité sans bornes et d’une approche claire et réfléchie, Thomas Dignan, CM, OOnt, MD, FRCPSC (Hon) a instauré des changements importants. Décédé le 17 janvier dernier, le Dr Dignan était un Mohawk du territoire des Six Nations de Grand River; nous nous souviendrons de sa passion pour la formation médicale, l’égalité d’accès aux soins de santé et la lutte contre le racisme.

Dr Thomas Dignan

« Il tenait à tout prix à éliminer les comportements racistes dans la pratique, indique Karen Hill, MD, CCMF, et professeure au Département de médecine familiale de l’École de médecine Michael G. DeGroote de l’Université McMaster. Comme il a lui-même été la cible d’enseignants et de collègues racistes, il a cherché à améliorer l’accès aux soins de santé des populations et des communautés autochtones pendant une grande partie de sa carrière. Il s’est même engagé à obtenir un brevet de pilote pour aller prodiguer des soins dans les collectivités éloignées. »

La Dre Hill a été la première lauréate du Prix Dr Thomas Dignan en santé des Autochtones décerné par le Collège royal en 2015, en reconnaissance de son dévouement à réduire l’écart entre les valeurs liées à la santé des Autochtones et la pratique de la médecine occidentale.

Le Dr Dignan a coprésidé le Comité sur la santé des Autochtones du Collège royal pendant plusieurs années. Le Prix Dr Thomas Dignan en santé des Autochtones a été créé en 2014 pour souligner sa détermination afin de mettre fin aux écarts en santé et aux inégalités dans la qualité des soins prodigués aux Autochtones.

« Pour certaines personnes, Tom incarnait une figure paternelle; je le considérais davantage comme l’oncle toujours prêt à vous défendre en cas d’ennuis, » confie Alika Lafontaine, MD, FRCPC, médecin autochtone de descendance crie, anishinabe, métis et polynésienne, et défenseur de la transformation des systèmes de santé autochtones.

« Il vous plaçait devant une situation, sachant très bien que vous pourriez la maîtriser alors que vous étiez rempli de doutes. Mais vous pouviez toujours compter sur lui. »

Le Dr Dignan a su reconnaître – et nourrir – le potentiel de leadership insoupçonné de nombreuses personnes.

Mentor des leaders de demain

« À en juger par l’envergure des personnes qui considèrent que Tom a grandement influencé leur vie, on constate qu’il s’agit de grands leaders en santé des Autochtones. Tom a réellement créé un espace où chacun a sa place. Ses protégés ont ainsi pu devenir les leaders qu’il avait vus en eux. »

Le Dr Lafontaine affirme que le Dr Dignan agissait tel un fer de lance, capable de « pénétrer dans un espace, pour ensuite… s’effacer et laisser les autres remplir l’espace. Ce qui comptait pour lui, c’était d’atteindre le résultat visé. »

« Je n’aspirais pas vraiment à devenir un leader dans le monde médical, relate le Dr Lafontaine. Il a fait germer en moi l’idée que c’était ma destinée… Je n’ai jamais pressenti que sa vision se concrétiserait. Quel magnifique héritage il m’a laissé! »

« Il a beaucoup sacrifié pour valoriser les autres, et ce, jusqu’à la toute fin. »

Aujourd’hui, le Dr Lafontaine avoue être « constamment à l’affût de collègues susceptibles de prendre la relève. Et je sais que j’agis ainsi parce que Tom me l’a appris. »

L’un des meilleurs conseils que le Dr Lafontaine retient du Dr Dignan est qu’il faut s’exprimer de façon très honnête, voire directe, lorsqu’il s’agit des soins de santé pour les Autochtones. « Il m’a conseillé de présenter les choses telles qu’elles sont. Je crois que les gens appréciaient vraiment cette qualité chez Tom… L’intégrité de ses propos. »

Apporter des changements basés sur la confiance et l’ouverture

Le Dr Dignan savait que le vrai changement s’opère en fonction des relations que nous entretenons, et il a servi cette leçon à ses mentorés. « Il me rappelait constamment que le changement concret s’opère en fait dans la manière dont les gens se traitent et se parlent mutuellement, qu’ils se fassent confiance ou non – tout est dans l’ouverture qu’ils manifestent l’un pour l’autre, » fait observer le Dr Lafontaine.

« On a beau vouloir défendre des intérêts, le changement ne s’opérera pas si les liens nécessaires n’ont pas été établis au préalable, » précise-t-il. Or, le Dr Dignan excellait dans l’art d’établir des liens, tant au Collège royal, que dans les communautés autochtones du Canada ou avec les gouvernements.

« Sa capacité d’écoute typique des aînés ne se limitait pas aux soins de santé », reconnaît Paul Tomascik, analyste principal des politiques au Collège royal.

« Il n’hésitait jamais à appeler un ministre, voire le premier ministre du Canada ou d’une province, et ces derniers répondaient à l’appel. Même chose lorsqu’il souhaitait discuter d’un avis d’ébullition de l’eau ou de tout autre sujet avec le ministre de la Santé. Il était donc très influent, et les dirigeants du gouvernement l’écoutaient. »

Non seulement le Dr Dignan était influent, il était aussi inspirant.

« J’associe le Dr Thomas Dignan au principe de la septième génération de la culture haudenosaunee : notre action militante d’aujourd’hui doit tenir compte des effets qu’elle entraînera sur sept générations, » explique Ryan Giroux, MD, R4 en pédiatrie à l’Université de Toronto, et membre de la Metis Nation of Alberta, qui a rencontré le Dr Dignan dans le cadre des activités du Comité sur la santé des Autochtones du Collège royal.

« Le Dr Dignan a insufflé l’espoir et le changement chez les médecins autochtones, et il a influencé la formation médicale des Autochtones pour les générations à venir, ajoute le Dr Giroux. C’est un honneur pour moi de mener à bien le travail qu’il a accompli au Collège royal. »

Le Dr Dignan a étudié la médecine à l’Université McMaster, où il fut le premier diplômé issu des Premières Nations. Premier urgentologue de Thunder Bay, il a ensuite exercé en médecine d’urgence et en anesthésie à l’Hôpital South Muskoka. Pilote breveté, il a servi les régions du Nord et de l’Ouest de l’Ontario, parfois accessibles uniquement par avion.


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