Éducateurs autochtones : Nous devons libérer les patients et les apprenants autochtones de ce fardeau

Le 7 juin 2022 | Auteur : Personnel du Collège royal
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Dans cet article :

  • Pourquoi la sécurité culturelle va au-delà de « bons soins aux patients »
  • Comment ces deux éducateurs autochtones espèrent susciter des changements dans les programmes de formation postdoctorale et les normes d’agrément
  • Pourquoi tous les médecins doivent posséder des connaissances sur la santé des Autochtones, même s’ils comptent peu de patients autochtones
  • Comment le manque de connaissances de base sur les Autochtones et le milieu d’apprentissage non adapté à leur culture peut peser lourd sur eux

« J’ai été témoin de comportements racistes, tant dans les relations avec les patients qu’entre collègues, et je me sens responsable d’agir. »

Jillian Roberge, MD, FRCPC, urgentologue d’origine métisse, se souvient d’avoir participé à des activités de formation sur la santé des Autochtones et la sécurité culturelle lors de sa formation spécialisée.

« Le besoin était criant et très peu de programmes de formation postdoctorale abordaient ces enjeux à l’époque. En tant que résidente, j’ai voulu créer un milieu plus accueillant pour les futurs résidents et étudiants en médecine, et les patients que nous rencontrons. »

La Dre Roberge et le Dr Ryan Giroux, FRCPC, pédiatre métis, sont de nouveaux éducateurs autochtones au Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Ils collaborent avec des comités, des intervenants et des groupes de travail afin d’intégrer les connaissances et les concepts sur la santé des Autochtones aux programmes d’études et aux normes d’agrément.

« Je suis d’origine métisse, ou, comme nous le disons souvent, à cheval entre deux mondes. J’ai pu me diriger là où je peux avoir une incidence sur les soins de santé et j’estime en avoir la responsabilité », affirme le Dr Giroux.

« Je peux soit concentrer toutes mes activités cliniques pour tenter de régler une situation dès la fin, soit contribuer dans une perspective de défense des intérêts ou de formation médicale pour que les futurs médecins possèdent des connaissances de base qui les aideront à fournir des soins de santé plus sécuritaires et adaptés aux patients autochtones au Canada. »

La Dre Jillian Roberge et le Dr Ryan Giroux (photo : Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada)

Au-delà de « bons soins aux patients »

Le terme sécurité culturelle est surtout utilisé pour définir les soins adaptés à la culture des patients autochtones. Même si ce terme s’est enraciné dans le domaine des soins infirmiers et reflète ce à quoi tous les patients ont droit, il a une signification spéciale en contexte de santé des Autochtones.

« Les torts causés aux patients autochtones ne datent pas d’hier. Une méfiance s’est installée. Nous devons notamment outiller les médecins pour la dissiper », confie la Dre Roberge.

« En fait, c’est le patient qui définit la nature des soins adaptés à sa culture, ajoute-t-elle, et c’est un aspect crucial pour les Autochtones, car nous connaissons le piètre état de santé de ces populations. Une approche de soins adaptés à la culture tient compte des diverses dimensions du patient, du contexte et surtout, d’une compréhension du rôle du déséquilibre des pouvoirs, ce qui distingue la sécurité culturelle de la sensibilisation culturelle. »

Le Dr Giroux fait ressortir davantage l’importance des patients.

« La compétence culturelle, par exemple, place le professionnel de la santé au centre de l’apprentissage, l’expérience des patients n’étant pas le centre d’intérêt, tandis que la sécurité culturelle met vraiment l’accent sur eux. »

Intégrer la santé des Autochtones aux programmes d’études et à l’agrément

La Dre Roberge a été invitée à diriger l’élaboration d’un programme d’études. Les programmes d’études postdoctorales pourront adopter le processus qu’elle aide à établir afin d’intégrer des connaissances de base sur la santé des Autochtones pour tous les apprenants, puis dans des programmes spécifiques.

« L’objectif est de s’appuyer sur le modèle de La compétence par conception tout au long du processus de formation », ajoute-t-elle, précisant qu’elle collabore étroitement avec les comités de spécialité pour déterminer comment cela se traduira et s’assurer de répondre à leurs besoins.

« Nous espérons favoriser une prise de conscience sur la réconciliation au sein des programmes et sur la façon dont ils peuvent sensibiliser les apprenants et échanger avec leurs communautés locales. Nous voulons tenter autant que possible d’alléger le fardeau des éducateurs locaux qui mènent des activités sur la santé des Autochtones dans toutes ces institutions. »

Le Dr Giroux s’occupe quant à lui de l’agrément. Avec des employés du Collège royal, il formule des recommandations dont les comités d’agrément pourront s’inspirer pour intégrer des concepts sur la santé des Autochtones dans les nouvelles normes des programmes et des institutions.

« Nous savons que si des concepts ou des indicateurs sont intégrés à l’agrément, les programmes et les institutions sauront ce sur quoi ils doivent se concentrer. Nous examinons aussi le processus global d’agrément et les façons d’offrir un meilleur soutien aux résidents et aux enseignants autochtones afin de continuer de promouvoir le changement. »

Tous les médecins doivent connaître les concepts liés à la santé des Autochtones

Selon la Dre Roberge et le Dr Giroux, les principes qui s’appliquent à la santé des Autochtones sont importants pour tous les médecins, même s’ils estiment n’avoir que rarement des patients autochtones.

« Les Autochtones ne se ressemblent pas tous; je peux vous assurer que les médecins ont des patients autochtones, explique la Dre Roberge. Ils ne s’en rendent pas compte tout le temps et cela fait partie de l’apprentissage. »

Sans en être conscients, un grand nombre de médecins ont aussi des collègues autochtones.

« J’ajouterais que dans certaines spécialités, il n’y a peut-être pas d’interaction directe avec des patients autochtones; cela dit, il faut savoir que pour eux, les tissus, le sang et le placenta restent le prolongement de la personne », précise le Dr Giroux. Il donne l’exemple d’une patiente autochtone qui veut qu’on lui remette le placenta après une pathologie placentaire. Il est important de comprendre ce genre de demandes, même si elles sont rares. »

La Dre Jillian Roberge et le Dr Ryan Giroux (photo : Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada)

Créer des espaces sécuritaires pour les patients et les apprenants autochtones

L’acquisition de connaissances de base sur la santé des Autochtones allège le fardeau de devoir remettre en question les idées reçues et de contribuer à sensibiliser les autres.

« Tout au long de mes études de médecine et de ma résidence, on m’a posé des questions. J’étais ravi d’y répondre, mais elles étaient parfois tendancieuses, comme supposer que je ne paie pas d’impôt ou me demander à quel point je suis Autochtone parce que je n’en ai pas l’air, confie le Dr Giroux. Devoir expliquer sans cesse la même chose peut vraiment être épuisant. »

La Dre Roberge se souvient d’une situation qui la hante encore, un point tournant pour elle. Lors d’une réunion multidisciplinaire, des membres d’une équipe de soins ont formulé des commentaires racistes au sujet du patient. Personne n’a rien dit. Quant à elle, elle n’a pas osé.

« En revenant chez moi ce soir-là, je m’en voulais tellement. Il y avait tant de choses que j’aurais dû dire. Pour ce futur professionnel de la santé ou tout patient autochtone dans cette situation, j’aurais souhaité que quelqu’un intervienne, car je suis convaincue que ces commentaires ont offusqué d’autres personnes lors de la réunion. »

« J’espère que cette formation, ce soutien administratif et ces parcours permettront à un plus grand nombre de personnes de s’exprimer et que les futurs apprenants et membres d’équipes autochtones auront les outils et l’aide de leurs collègues non autochtones pour ne pas se sentir personnellement responsables d’être les seuls à prendre la parole. »


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