Dre Rousseau : « (…) toute ma carrière est le fruit d’une réaction post traumatique à cette guerre »

Le 16 août 2021 | Auteur : Personnel du Collège royal
Lecture de 4 minutes

La Dre Cécile Rousseau reçoit le Prix Teasdale-Corti d’action humanitaire 2021 du Collège royal

La Dre Cécile Rousseau, MSc, reconnaît qu’elle était très naïve lors de sa première mission humanitaire, effectuée au Guatemala en 1978. Nouveau médecin de famille, elle s’apprêtait à réaliser un rêve de jeunesse : changer le monde.

« Les injustices et les conditions inéquitables au niveau international me touchaient profondément, avoue la Dre Rousseau, chercheuse et clinicienne psychiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Je voulais changer le monde et je croyais naïvement que j’avais le pouvoir de le faire. »

Elle a vite réalisé que ce n’était pas le cas, du moins, pas encore.

Sa première mission a eu lieu deux ans après le violent séisme survenu au Guatemala; pendant la première année de son affectation, la guerre a éclaté, une expérience marquante, qui lui a montré le côté sombre de l’être humain et la cruauté sans nom dont il est capable. « Je pense que toute ma carrière est le fruit d’une réaction post-traumatique à cette guerre dont j’ai été témoin. Elle m’a donné la volonté de tenter non seulement de comprendre la souffrance humaine et la violence, mais aussi de corriger la situation et d’y remédier. »

En reconnaissance des services rendus et de ses activités de défense des intérêts des réfugiés, des demandeurs d’asile et des victimes de torture, la Dre Rousseau a reçu le Prix Teasdale-Corti d’action humanitaire 2021 du Collège royal.

La Dre Rousseau au Guatemala (vers 1979) avec des travailleuses de la santé communautaires (« Promotores de salud ») enseignant les principes d’une saine alimentation (photo soumise)

De meilleurs services aux réfugiés grâce à une formation en psychiatrie

L’expérience vécue par la Dre Rousseau au Guatemala l’a amenée à remettre en question son cheminement de carrière. À son retour au Canada, elle a suivi une formation en psychiatrie à l’Université de Montréal, obtenu une maîtrise en psychiatrie transculturelle à l’Université McGill et établi une pratique clinique novatrice à Montréal afin d’aider les enfants migrants et leurs familles à surmonter les traumatismes de la guerre.

« [Elle] a fait preuve d’une volonté inébranlable d’aider et de défendre les victimes de la guerre et de la torture, les enfants réfugiés et demandeurs d’asile, les familles qui survivent à des traumatismes et celles qui font face à l’adversité », écrit la Dre Rachel Kronick, FRCPC, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, dans une lettre cosignée par de nombreux collègues de la Dre Rousseau.

En guise d’exemple, au début de sa pratique en psychiatrie, constatant que les réfugiés ayant vécu des traumatismes dans leur pays d’origine n’avaient pas accès à des services de santé mentale, elle a formé avec des collègues un groupe d’experts et de professionnels, et créé le RIVO (Réseau d’intervention auprès des personnes ayant subi la violence organisée), une clinique communautaire à Montréal qui offre des soins spécialisés en santé mentale aux personnes qui ont survécu à la torture et à la guerre.

Elle a aussi créé le Service de psychiatrie transculturelle au Département de psychiatrie de l’enfant de l’Hôpital de Montréal pour enfants. Elle a dirigé ce service pendant plus de 10 ans et créé un organisme de bienfaisance sans but lucratif, le projet Banyan.

« Je voulais créer ce service, car on ne répondait pas à un grand nombre de besoins à Montréal. Les gens faisaient appel à moi pour obtenir de l’aide clinique, mais aucun service ne pouvait leur venir en aide… Une activité de financement m’a permis d’embaucher des cliniciens, plusieurs stagiaires et des résidents en psychiatrie. L’énergie, l’enthousiasme et le temps qu’ils ont apportés ont permis de former une excellente équipe qui a su attirer davantage de stagiaires. Chaque année, le service comptait de quatre à cinq stagiaires et de trois à quatre cliniciens. »

Dre Cécile Rousseau (photo soumise)

Prévention de la stigmatisation dans les écoles

Souvent, les services de santé mentale aux enfants réfugiés sont perçus comme étant stigmatisants pour leurs parents. Consciente de l’importance de la prévention, la Dre Rousseau a fait pression auprès des écoles pour favoriser l’adaptation et le bien-être des enfants immigrants et réfugiés. Qu’il s’agisse d’histoires racontées aux élèves du primaire ou de pièces de théâtre destinées à ceux du secondaire, les enseignants participant aux programmes mis de l’avant par la Dre Rousseau ont appris à aider les élèves à s’exprimer sans être stigmatisés. Ces programmes, jugés efficaces à la suite d’essais randomisés, sont encore utilisés dans de nombreuses écoles partout au Québec. Ils ont d’ailleurs inspiré la création de programmes connexes en Europe.

« En plus de mieux reconnaître ces enfants, nous avons montré dans quelle mesure ceci transforme l’attitude des enseignants envers eux ainsi que leur relation, car ils découvrent le parcours difficile à l’origine de leur comportement », souligne la Dre Rousseau.

Pour des politiques de protection des demandeurs d’asile et enfants sans papiers

La Dre Rousseau continue d’accroître son influence en partageant ses connaissances, ses idées et ses expériences.

En 2012, elle a effectué une présentation devant un comité parlementaire qui étudiait un projet de loi sur la détention obligatoire et illimitée des groupes de demandeurs d’asile arrivant au Canada. Les données probantes de ses recherches ont donné lieu à de nombreux rapports de groupes de défense des droits et à plusieurs lettres ouvertes, dont l’une signée par le Collège royal. De nouvelles directrices ministérielles ont aussi insisté sur la cessation de la détention des enfants et la préservation de l’unité familiale.

Un an plus tôt, la Dre Rousseau et son équipe ont dirigé un projet subventionné par les IRSC sur l’accès limité des enfants sans papiers à l’éducation au Québec. Les liens de confiance qu’elle a établis entre tous les intervenants ont permis d’élaborer des politiques et des lignes directrices afin de protéger le droit à la santé et à l’éducation de ces enfants.

« Au cours des dix dernières années, elle a aidé des enfants migrants vulnérables et leurs familles à cicatriser leurs blessures psychologiques, et transmis des valeurs humanitaires à des centaines de professionnels de la santé et de la santé mentale », selon certains de ses collègues.

On peut dire en quelque sorte qu’elle a trouvé une façon de changer le monde!

La Dre Rousseau lors du vernissage de l’exposition communautaire « Et si…? » au Musée des beaux-arts de Montréal, en 2018, qui visait à donner une voix aux communautés marginalisées (photo soumise)


Mots-clés


Laissez un commentaire. Afin de réduire le courrier indésirable, les commentaires sont examinés avant d'être affichés.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Envoyer

Catherine Audrain | September 28, 2021
Nous avons tant besoin de personnes comme la Dre Rousseau. J'ai été témoin du très grand besoin des victimes de violences organisées lorsque je travaillais dans un centre d'aide pour les victimes d'agressions sexuelles, quelle chance que le service RIVO existait! Merci de reconnaitre son travail et son apport à la société. Il serait sans doute convenu de la présenter pour une reconnaissance du gouvernement du Québec, à l'Ordre national. Qu'attendez-vous? Je pourrais faire une lettre de témoignage.
Milena Pereira Pondé | September 8, 2021
Cecile Rousseau merite bien le prix. Un etre human come tres peut.