Deux résidentes rendent les milieux de formation plus sécuritaires pour les apprenants noirs

Le 12 avril 2022 | Auteur: Personnel du Collège royal
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Les Dres Teresa Semalulu et Ekua Agyemang parlent de leur expérience avec le Groupe de travail conjoint sur le racisme envers les Noirs (AWG-ABR)

Lancé par le Consortium canadien d’agrément des programmes de résidence (CanRAC) en juin dernier, l’AWG-ABR réunit des apprenants et des médecins de partout au pays. Ensemble, ils cherchent des leviers stratégiques dans le processus d’agrément pour éliminer des milieux de formation postdoctorale toutes les formes de racisme, en accordant une attention particulière au racisme envers les Noirs.

L’AWG-ABR a présenté les six piliers de son travail à différents comités du CanRAC en février, une proposition qui a été accueillie avec enthousiasme. Il formule maintenant des recommandations axées sur ces piliers. On parle entre autres de nouveaux mécanismes de signalement sûrs pour les résidents noirs et de formation sur le racisme envers les Noirs pour le corps professoral et d’autres intervenants de la formation médicale postdoctorale. Le tout sera soumis aux comités d’agrément des programmes de résidence des trois collèges membres du CanRAC en mai, pour avoir leur avis.

Lien connexe : « Création d’un milieu d’apprentissage sécuritaire pour les résidentes et résidents noirs » (Salle de presse du Collège royal)

Dans l’entrevue qui suit, deux résidentes et contributrices de l’AWG-ABR expliquent leurs raisons de s’impliquer et l’importance des principes de lutte contre le racisme envers les Noirs.

Dr. Teresa Semalulu

Dre Teresa Semalulu (photo soumise)

Teresa Semalulu, MD, M.S.P., stagiaire postdoctorale de deuxième année en rhumatologie, vient de terminer sa résidence en médecine interne à l’Université McMaster. Elle est cofondatrice de Black Physicians of Canada (BPC), une organisation de représentation qui propose du mentorat, de l’aide et une communauté aux médecins et aux apprenants noirs.

Dr. Ekua Agyemang

Dre Ekua Agyemang (photo soumise)

Ekua Agyemang, MD, M.S.P., résidente de quatrième année en santé publique et médecine préventive à l’Université de l’Alberta, siège au conseil d’administration de BPC à titre de présidente des résidents.

Comment et pourquoi avez-vous collaboré avec le groupe de travail?

Dre Semalulu : Quand la Dre Hadal El-Hadi et moi avons fondé BPC, l’un de nos objectifs était de faire évoluer la formation pour les résidents noirs. Nous avons vite rencontré le Collège royal à ce sujet, et le groupe de travail est né de nos discussions. Nous avons fait preuve d’un grand leadership dans le domaine, tout comme les résidents qui mènent les démarches.

Dre Agyemang : En parlant avec des associations étudiantes noires en médecine pour BPC, j’ai réalisé toute l’énergie déployée dans la lutte contre le racisme… avant la résidence. Il faut revoir le modèle pour conserver ce dynamisme lors du passage à la formation postdoctorale. Nous avons un groupe très motivé, qui veut mettre ses connaissances et ses expériences au service des changements structuraux.

En quoi les milieux de formation ne sont-ils pas sécuritaires pour les résidents noirs?

Dre Agyemang : Une personne noire doit faire le même travail que ses pairs, tout en composant avec une foule d’éléments auxquels ses collègues n’ont pas à penser. Par exemple, certains patients refusent de s’adresser à vous en voyant la couleur de votre peau ou remettent en question votre compétence.

La résidence peut être un milieu de travail hostile si vos pairs et vos instructeurs n’ont pas de formation sur les biais et ne comprennent pas ce qui cause votre sentiment d’isolement et votre malaise. Difficile alors d’avoir des discussions franches sur vos expériences et de défendre vos intérêts.

Bien des résidents et apprenants noirs sont les seuls de leur programme. Cette sous-représentation les amène à conclure qu’ils n’ont personne avec qui discuter de certains problèmes ou comparer les faits. Ils gardent donc pour eux beaucoup de leurs expériences.

Dre Semalulu : Les résidents noirs s’attendent à vivre des micro- et des macroagressions, qui nous affectent émotionnellement. Le danger, c’est que ces expériences et les problèmes systémiques limitent notre progression dans un programme. Il est extrêmement difficile de reconnaître les signes tôt et d’obtenir du soutien en cas d’incidents racistes.

À votre avis, que faudrait-il pour arriver à régler les problèmes systémiques?

Dre Semalulu : Cela se fera en deux temps. D’abord, il faut reconnaître que le racisme envers les Noirs est un enjeu majeur en santé publique et comprendre ses effets sur l’expérience de vie et la formation médicale des personnes noires. Encore aujourd’hui, on préfère souvent l’ignorer. Il aura fallu la mort de George Floyd pour que les gens arrivent à voir la réalité telle qu’elle est.

Ensuite, après avoir admis le problème, on pourra élaborer des solutions. Par exemple, les organismes d’agrément peuvent recueillir des données relatives à la race et s’en servir pour créer des mécanismes de signalement qui permettent aux apprenants noirs de suivre leur formation de la façon la plus sécuritaire possible.

Dre Agyemang : Il faudrait modifier le sondage national d’Excellence dans l’agrément canadien des programmes de résidence (CanERA) à l’intention des résidents. À l’heure actuelle, on nous demande si nous avons accès à des ressources de formation adéquates, mais on oublie la question de la sécurité psychologique en lien avec le racisme. Avec l’ajout de questions sur cet aspect, les résidents se sentiraient écoutés et auraient l’occasion de signaler les incidents racistes pour que leur programme enquête.


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