Art et liens communautaires : de nouvelles perspectives dont la médecine a besoin

Le 3 septembre 2021 | Auteur: Personnel du Collège royal
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En tant que neurologue, Suvendrini Lena, MD, FRCPC, n’a jamais pensé qu’elle serait aux premières lignes de la lutte contre la pandémie de COVID-19. Or, elle a choisi de répondre à l’appel lancé en mars 2020 par le Women’s College Hospital (WCH), en quête de médecins pour son centre de dépistage de la COVID-19.

Elle n’avait jamais effectué de prélèvement nasal, mais elle en a fait plus de 1000 fois, tant à l’hôpital que dans des cliniques mobiles, auprès de certaines personnes les plus vulnérables de Toronto.

« Mes fonctions m’ont fait rencontrer des gens extraordinaires qui, par leur compassion au travail, constituent un filet de sécurité social. »

La Dre Lena s’est inspirée des récits qu’elle a entendus lors de ses activités de dépistage. Elle décrit ce qu’elle a vécu et explique [dans le reste de cet article] comment l’art peut susciter l’empathie et la compassion, qui sont nécessaires en médecine.

Dre Suvendrini Lena (crédit : Wade Hudson)

Dépister la COVID-19 et tisser des liens avec la communauté

Titulaire d’une maîtrise en santé publique, la Dre Lena effectue des tests de dépistage dans des établissements de soins de longue durée, des campements et refuges pour personnes en situation de logement précaire ou présentant des problèmes de santé mentale et des dépendances. En collaboration avec le Bureau de santé publique de Toronto, elle est à l’œuvre depuis octobre 2020 dans les écoles de communautés à risque, où des membres de l’équipe mobile du WCH ont mis sur pied des cliniques de dépistage et de vaccination pour toute la famille.

« Le personnel des refuges, les enseignants et les intervenants de première ligne ont dû s’adapter sans cesse. Nous avons vécu une expérience marquante et émouvante à leurs côtés. J’espère qu’après la pandémie, nous pourrons poursuivre cette collaboration intersectorielle afin de renforcer la société civile et d’aider réellement les communautés », confie la Dre Lena.

Le dépistage de la COVID-19 l’a amenée à être très près des gens, et peu importe l’affluence de la clinique, chaque test commence par une conversation. « C’est une invitation à partager un peu l’expérience que nous vivons tous, reconnaît la Dre Lena. Le premier contact est tellement important et il se doit d’être véritable, car la personne doit savoir que vous la considérez en tant que personne et que vous êtes vraiment sensible à ce qu’elle vit. »

L’union de la médecine et du théâtre

Née de parents médecins, la Dre Lena a toujours eu la médecine dans le sang. Elle a choisi d’étudier la neurologie, mais comme elle s’intéressait aux arts, elle a écrit une pièce, The Enchanted Loom, à titre de projet de recherche durant sa quatrième année de résidence. Elle y décrit les épisodes de psychose et d’épilepsie d’une journaliste causés par un traumatisme crâniocérébral alors qu’elle était prisonnière politique pendant la guerre civile au Sri Lanka, qui a pris fin en 2009, année où la pièce a été écrite.

« Je devais trouver une façon de réfléchir à cette guerre, aux souffrances inutiles infligées aux Tamouls du Sri Lanka. J’ai vu dans les cicatrices de la guerre un traumatisme intergénérationnel, qui, comme une lésion cérébrale, provoque des convulsions incurables. J’ai vu aussi dans la guérison – la chirurgie – une façon d’effacer ces cicatrices, de faire disparaître le traumatisme et ses séquelles. C’est la métaphore au cœur de la pièce. »

Après The Enchanted Loom, elle a écrit une autre pièce, Here Are The Fragments, qui braque les projecteurs sur le médecin en tant que patient et les répercussions du racisme en médecine sur ce dernier. Elle a réalisé des entrevues avec des cliniciens et des personnes vivant avec la schizophrénie, et lu de vieux articles de journaux extraits des archives du Centre de toxicomanie et de santé mentale, où elle exerce au département de neurologie. La pièce a été présentée au Theatre Centre en 2019.

Un reflet de la profession

« J’ai travaillé très fort pour créer des pièces nuancées, reflétant la complexité de la médecine et adaptées à un auditoire non spécialisé. D’autres médecins et neurologues, et des psychiatres s’y reconnaissent, ainsi que les conflits qu’ils vivent chaque jour. J’espère que les médecins éprouveront un peu de compassion pour eux-mêmes en assistant à la pièce. »

L’écriture est devenue pour la Dre Lena une façon de concilier la profession médicale et la vie personnelle. Elle espère décrire ses expériences lors des tests de dépistage et peut-être créer bientôt une œuvre dramatique.

« [Notre] formation favorise une interaction professionnelle, rigoureuse et normalisée entre le médecin et le patient, mais elle n’a lieu que lorsque le médecin fait abstraction de sa propre subjectivité. En tant qu’auteure, je cherche à approfondir cette subjectivité, à la faire entrer dans le jeu et à explorer les moments complexes et souvent profonds qui surviennent lorsque les aspects personnels et professionnels se chevauchent. »

« Je considère aussi l’art comme un vecteur de changement social. L’art crée une tribune propice aux conversations difficiles. Il incite à la compassion, à l’empathie et aux changements de perspective. Et la médecine en a besoin. J’entends me servir délibérément du théâtre pour créer ces tribunes pour les médecins. »


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